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Voici le contenu de la conférence que j’ai été invitée à donner le 7 novembre dernier, à l’occasion de l’événement 7 Sky.life organisé par Coco Tache et ses amis bénévoles.

« Tout là-bas, au-delà des idées de mal faire et de bien faire, il y a un champ. Je t’y rencontrerai. Quand l’âme se couche dans cette herbe, le monde est trop plein pour que l’on puisse en parler. Les idées, le langage et même la phrase « l’un et l’autre » n’ont plus aucune sens. » Rumi

Chers amis, bonsoir!

D’habitude, je me passe de support écrit pour mes conférences. Mais ce soir, c’est différent. Je ne veux pas dire n’importe quoi ! 😉

Plus sérieusement,  j’aimerais me raconter telle que je suis: une petite macédoine de fruits! Mes fruits sont le film, la parole, le dessin et l’écriture…

Depuis mon enfance, j’ai toujours perçu un canevas commun à tous les êtres vivants sous les points de croix et les imprimés de nos histoires personnelles. Un canevas parfait sur lequel chacun brode son histoire, depuis la nuit des temps, avec ses nœuds, ses ratures, ses fils cassés, ses couleurs et ses images propres. J’ai toujours entrevu la perfection de ce canevas derrière les gens que je rencontrais et les événements qui nous touchent, agréables ou non. J’ai toujours vu la beauté et la bonté au-delà du jeu des ombres et des lumières, de la violence et de la guerre que j’ai aussi côtoyée. Je n’ai jamais cru au scénario dans lequel nous sommes tous plus ou moins enfermés, acteurs ou figurants.  J’ai toujours cherché à me rapprocher de ce canevas, dénominateur commun à toute l’humanité. Et en le cherchant éperdument, j’ai trouvé un grand chemin de liberté, en tout cas pour moi. Ce n’est évidemment pas valable pour tout le monde mais j’aimerais partager avec vous ma route de la joie. Elle est très simple : je perçois la Beauté où que je me trouve et je reste dans une confiance indéfectible à chaque seconde de ma vie. Je savoure la trame au-delà des comportements. Ma liberté passe par là : trouver la pépite dans le cœur de chacun. Et pour cette cueillette miraculeuse, j’ai endossé le meilleur métier du monde : journaliste. Ou « raconteuse » d’histoires.

Après une licence en science politique et l’obtention de ma carte de presse, j’ai été journaliste auprès de tous les grands titres suisses puis déléguée humanitaire au CICR au Kosovo, en Iran, en Irak, en Éthiopie et en Tunisie. J’ai accompli plusieurs fois le tour du monde, développé des voyages éco-solidaires, participé à la première marche mondiale pour la paix et la non-violence en 2010, traversé 75 pays en trois mois comme porte-parole pour les médias, j’ai rencontré des présidents, des Shamanes, des aventuriers et même, en Colombie, par hasard, le preneur d’otage de mon père. Je parle de cela dans mon livre « La route de la joie » qui paraîtra en décembre.

Comme je vous l’ai dit, à mes débuts, j’étais une journaliste formatée. J’écrivais et je racontais ce que la ligne éditorial exigeait de moi : fait divers, crime, enquêtes, people, chats écrasés mais essentiellement des informations axées sur la peur. La presse voulait des faits divers, des attentats à la bombe ou des pandémies. Des histoires pour asservir les masses. C’est pour cela qu’on nous appelle d’ailleurs « Les mass médias », les médias qui conduisent les masses là où le système a besoin de nous pour survivre : dans les supermarchés, les galeries marchandes, chez les médecins, dans les ghettos, les paradis virtuels ou artificiels.

Et puis un jour, j’ai eu un déclic. Un homme a sauté sur une bombe et cela m’a « réveillée ». C’était au cœur de la guerre en Irak, en avril 2003.  Alors que j’étais témoin, sur le terrain, d’une humanité la plus haute qui soit, le soir, quand je me repliais dans mes quartiers, les journaux télévisés ne parlaient que de massacres.

Pourquoi n’a-t-on pas parlé de cet Irakien qui avait mis sa voiture en travers de la route d’un kamikaze pour stopper sa course meurtrière et sauver des vies au prix de la sienne ? Pourquoi n’a-t-on pas parlé massivement de ce Gi américain qui avait déposé les armes pour prendre des bébés blessés dans ses bras qui guérissaient mystérieusement ? J’ai vu des civils qui, au péril de leur vie, déplaçaient des obus non explosés pour réhabiliter l’accès à l’eau et ramener de la vie dans des quartiers entiers. J’ai vu des pédiatres irakiens sauver des centaines de vies avec une bonté, un dévouement et un courage extrême. Je me suis alors dit qu’il y avait une manipulation des consciences par omission de ce qui se fait de beau et d’inspirant sur la Terre. Que cette manière-là de raconter le monde ne faisait que de nous enchaîner toujours plus dans la peur et la division. Comment voir autre chose que la boue quand on nous montre que de la boue ? Vous savez, je pense à ce film intitulé « Flatland » où les points et les lignes ne savent pas qu’ils peuvent se former en carrés, où le carré ne sait pas qu’il peut devenir un cube ou la pastille, une sphère, jusqu’à ce que quelqu’un à l’extérieur, un « étranger » lui montre le truc ? Si personne ne nous montre l’exemple, comment sortir de nos croyances et de nos conditionnements ?

Le médecin et pasteur Albert Schweitzer disait : L’exemplarité n’est pas une manière d’influencer, elle est la seule. » C’est en habituant le regard à la Beauté et à l’exemplarité que nous pouvons repousser nos limites à l’infini et passer de la peur à l’Amour. Je ne parle pas de cet amour naïf qui laisse piétiner la conscience et l’amour de soi. Je parle simplement de tout ce qui rend vivant.

Cette expérience en Irak m’a donné le courage de sortir des grandes autoroutes de l’information standard. A mon retour, j’ai décidé de ne plus cautionner cette vision unilatérale de l’existence et j’ai quitté la presse conventionnelle pour proposer une actualité qui rassemble et qui unit par la promotion du meilleur en chacun de nous, à travers la diversité des cultures et des expériences. J’ai créé une plate-forme d’informations positives pour rétablir un peu d’équilibre dans cette actualité en ombres chinoises. Je voulais montrer d’autres réalités qui nous donne envie de vivre, tout simplement.

Mais malheureusement, la presse n’était pas très intéressée à publier mes reportages « positifs ». Ça ne se vend pas, m’avait-on dit. Je me suis dit que je n’allais pas attendre qu’un magazine veuille bien de mes articles. Je ne voulais pas attendre que le monde change pour chevaucher mon bonheur. Je voulais passer à l’action et j’ai trouvé ma monture : un camping-car. Mon projet était des plus simples : aimer concrètement là où il y avait des brèches dans le cœur des gens et partager la joie de ceux qui connaissaient le secret du canevas. Je suis donc partie un an à travers l’Europe pour partager le meilleur de nous. J’ai pris ma caméra, mes crayons à dessins et ma plume pour filmer et partager bénévolement les recettes de ces esprits libres.  J’ai appelés ces rêveurs et ces passionnés, ces êtres bien vivants, les « Nominés de la joie ». Leur force? Trouver du sens derrière toute chose, derrière l’absurde même.

Joy for the Planet leur offrait une lampe solaire construire en chemin pour les remercier de leur lumière contagieuse et pour offrir du réconfort à ceux qui pouvaient en avoir besoin. Avec ma partenaire de projet Sacheen Sierro, nous avions créé une cagnotte de la joie pour me permettre de donner des coups de pouces en chemin.

L’idée était aussi de se laisser porter par la vie. Ne rien planifier, ne rien contrôler. J’avais pour unique GPS la joie que je voulais donner, relayer et évidemment recevoir. La joie des uns et des autres était ma destination. Ainsi étais-je dans ma joie et c’est toujours le cas aujourd’hui. Après un an, j’ai traversé 23 pays, réalisé bénévolement plus de 100 vidéos, 500 publications, 40’000 km parcourus et rencontré 56 Nominés de la Joie. Joy for the Planet a reçu deux Prix.

Parmi mes rencontres et mes joyeux, j’ai rencontré Jean-Jacques Savin qui a traversé l’Atlantique dans un tonneau. Puis j’ai participé au championnat du monde de lancer de bottes en Finlande. J’ai rencontré Ville Maattaa, un jeune homme en chaise roulate, qui a voulu mettre fin à ses jours en sautant d’une falaise, alors âgé de 16 ans. Il m’a dit qu’il avait perdu l’usage de ses jambes mais qu’il avait trouvé sa joie. Aux Pays-Bas, j’ai croisé la route de Nicci, une mère célibataire qui souffre d’un cancer en phase terminale. Elle m’avait écrit ceci: « Je crois que la chose la plus importante dans la vie est de mourir, avec une conscience claire et un cœur pur. J’espère que je vais revenir sur cette Terre pour profiter de cette vie que j’aime tant. Il y a tant de choses de ce monde que je n’ai pas eu le temps d’explorer. J’aime son toucher, son odeur, son goût de la vie ! J’aime les gens, j’aime tout ! J’aime mon fils à un point où mon cœur pourrait exploser ! Avant de mourir, je veux vivre et fleurir. Raison pour laquelle Nicci a quitté les hôpitaux pour rentrer chez elle, profiter de son fils et de sa liberté pour rester du côté des vivants avant de vivre son « passage ». J’ai rencontré un cheminant soufi en Suisse, un exflorateur en France, un danseur étoile en Hongrie, une sans-abri en Roumanie, un grand maître de la peinture en Italie, un Abbé Pierre au Portugal, pour ne citer que ceux-là…

J’ai tiré de nombreuses leçons de cette expérience dont je retiens essentiellement deux : la première, c’est la joie par la simplicité. Plus l’on simplifie sa vie, plus on a le temps de savourer son existence. Pendant un an, j’ai vécu avec 100 litres d’eau par semaine, de l’énergie solaire, 6 petits placards de nourriture et de matériel professionnel, une garde-robe restreinte néanmoins coquette et je travaillais à bord, garée dans les vignes ou au bord des étangs.  Je vivais copieusement avec 150 francs par semaine, essence compris. Peu de biens matériels, peu de factures. Juste mes impôts et mes assurances maladies comme tout le monde. Pour financer mon voyage, j’honorais divers mandats journalistiques depuis mon camping-car. En enlevant des couches de stress superflues, en se « décompliquant » l’existence en raccourcissant nos problèmes, on se rapproche d’une joie intemporelle et permanente.

Ma seconde leçon, c’est l’apprentissage de « Bip », entendez l’amour. Mais ce mot est tellement connoté et il a été tellement mâchouillé que je ne peux l’entendre alors je préfère le censurer… Pour laisser pleinement s’exprimer le « Bip« , il faut tuer le mot. Le « Bip« , c’est ce que nous donnons de nous-même. Tout le reste n’est que pâtés de sable et châteaux éphémères. Rien ne restera des dessins que nous avons brodés sur notre canevas s’ils n’ont pas été réalisés par « Bip » et dans le « Bip« , de soi et des autres. Mais sachez bien qu’à cela, j’échoue encore tous les jours…

Enfin, pour conclure, je rends ici ce soir les étiquette de Dame Positive et de Madame Joie. Je rends toutes les casquettes et les identités que j’ai portées jusque-là et que l’on m’a prêtée. Je rends tous mes dessins et mes imprimés. Je me libère de tous les courant de pensées pour redevenir un canevas vierge sur lequel créer de nouvelles réalités.

La seule chose qui m’importe, c’est que mes fils de laine soient fait de l’authenticité, de la sincérité et de l’honnêteté. Si j’ai pu faire sourire ou réanimer un seul cœur fatigué ce soir dans cette salle, alors ma journée est une victoire.

Baudelaire a dit : « Ce qui est créé par l’esprit, est plus vivant que la matière. » J’ajouterai humblement que ce qui est créé par « Bip » est plus puissant que tous les mondes réunis.

Je vous remercie.

Pour pré-commander le livre « La route de la joie », merci de passer commande auprès de moi en cliquant sur ce lien. Je vous enverrai votre exemplaire dès le mois de décembre pour l’offrir éventuellement comme cadeau de Noël. Sinon, il sera en librairie  en janvier en Suisse et en février en France. 

Dates de vente et dédicaces: 

13-15 décembre aux Ateliers de la Côte à Etoy
18 décembre à l’école Germaine de Staël

 

 Merci à Coco Tache, Anne-Catherine Schneiter et Eve-Marie Klima Koehler de leur soutien inconditionnel à Joy for the Planet 

 

 

 

 

 

 

 

 

Samah Gayed

Cette diplômé en communication interculturelle a participé en 2010 aux Festival International de la Paix à Louxor (Egypte) et à Rome (Italie). En 2014, elle a été invitée à danser au « International Dance Congress (UNESCO) », en tant que danseuse pour la paix. Grâce à ses voyages dans le monde, Samah a développé une identité plus globale, au-delà des différences culturelles. Cela lui a permis de se sentir « fille de toute la Terre » comme elle aime le revendiquer. Dans cet esprit, elle pratique et diffuse « OneDance », une danse où l’on tournoie pour trouver le point central en nous, l’Essence où la paix demeure, le point de rencontre entre toutes les idendités. « OneDance » englobe tout ce en quoi elle croit et aspire, qui est l’Unité de l’humanité, des nations, cultures et religions.

 

 

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