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« Pivoine » par Jacques Polony

C’est au bord de l’océan, ici au Portugal à Vila Nova de Milfontes, que j’apprends la triste nouvelle de ta mort, décédé il y a quelques jours d’une crise cardiaque à 64 ans. Le pèlerinage de la joie est fait d’ombre et de lumière. Il n’y a pas à souhaiter l’une plus que l’autre… Tout est équilibre. Tout s’emboîte par Amour.

Nous étions mariés pendant 4 ans et puis la vie nous a séparé. Depuis 8 ans, tu avais refait ta vie. J’ai une pensée de compassion pour tes proches à qui tu vas manquer plus que tout….

Je ne pourrais pas me rendre à tes funérailles, engagée avec Joy for the Planet au Portugal. Mais depuis que j’ai appris ton décès, je monte, pierre par pierre, un temple invisible pour me recueillir et t’y retrouver, rien qu’entre nous.  Pour t’entourer de lumière et d’amour dans le silence de mon alcôve mobile qui s’appelle Begoodee. Mon église est faite du monde qui m’entoure, de ces paysages majestueux de l’Algarve et de ses falaises où je te vois prendre ton envol comme ces goélands qui dansent dans les vents agités. Mes vitraux sont les couleurs irradiantes que tu as laissées à mes souvenirs. Mes icônes sont faites de la grande douceur et de la bonté qui te caractérisaient, au-delà des remous et des peines. Mon autel est le coeur de notre profonde complicité, façonnée par l’humour, la tranquillité et l’authenticité. Mon portique est édifié sur les deux piliers qui tenaient notre couple: équilibre et bienveillance.

Sur le sable, j’ai dessiné une croix et j’ai enterré un galet noir pour confier à l’océan mes larmes et le soin de laver et purifier à jamais nos liens, dans le pardon, la lumière et la légèreté. A bord de Begoodee, un cierge pour toi luit sans vaciller. Merci de ce que tu m’as laissé en héritage: une parenthèse de douceur et de profonde paix dans ma vie (in)trépidante d’amazone amoureuse du monde. Je n’oublierai jamais ton coeur immense, le parfum rassurant de tes cigares, tes chemisiers en lin froissé, tes boucles blondes aussi folles que les miennes, et tes lunettes aussi rondes que ton empathie et ta silhouette que j’adorais (de mon temps… ;-))

Voici, en hommage, l’un des poèmes de notre ami Jean-Yves Leloup dans le recueil que nous avions édité ensemble, te souviens-tu? Outre un formateur en communication non-violente exceptionnel, tu étais un merveilleux photographe et tu aimais en particulier prendre en photos les fleurs et les chemins de campagne. Notre ouvrage s’appelait « L’immense et l’intime » (épuisé), deux mots à ton image. Immense et Intime.

Cette pivoine est la tienne. Elle parle de toi. Une éclosion de finesse, de sentiers épars, de surprises en noir et blanc, de contrastes et de tendresse infinie.

Que ta mort te soit une nouvelle naissance mon cher Jacques. Et la plus belle de toutes…

Malgré ma peine, ma joie est celle d’être à tes côtés à l’instant où je t’écris ces mots car je sais que, contre le mur invisible qui sépare les vivants des « morts », tu poses délicatement ton oreille pour m’écouter t’écrire…

Isabelle

Naître ou ne pas naître

Là est la question

Chaque événement est l’occasion

De naître à davantage de conscience

Et d’amour

L’occasion de croître

Ne pas naître

C’est faire de chaque événement

Un regret et une régression

Se faner avant d’avoir fleuri

La mort elle-même, peut-être une nouvelle naissance

L’occasion de retrouver le beau Jour ou la grande Nuit

               Qui est à la naissance de toutes nos naissances

Jean-Yves Leloup

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