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Avant-propos: Comme toujours, ce texte est en langage parlé pour donner la priorité à l’expression orale spontanée réservé à un public d’auditeurs.

Pont du Diable

« J’ai croisé depuis la dernière fois beaucoup d’humour sur la route et un bel esprit de liberté. En plus de centaines de motards, j’ai croisé par exemple un rallye de vélomoteurs avec des conducteurs qui dévalaient les cols à toute bise, des voitures anciennes, des side-cars, des carioles et des calèches  tirées par des chevaux. Les cars postaux répondent joyeusement à mon klaxon de la cucaracha que j’actionne dans les virages ou quand je vois des ouvriers qui passent toute la journée sur un chantier de route, en plein cagnard, pour les divertir un peu. Tout le monde sourit au passage de mon bus décoré. J’ai été impressionnée aussi par les centaines de fortins, galeries souterraines, tunnels pour les voitures et les trains, ponts, aqueducs ou passages secrets partout dans les montagnes. La Suisse est un vrai fromage ! Je suis admirative de la prouesse de ces milliers d’ouvriers qui ont dû travailler dans des conditions extrêmes, dangereuses et souvent au-dessus du vide pour fortifier, sécuriser notre pays ou améliorer les réseaux de communication au début du siècle et jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale.

A propos de vide et de vertige, il y a aussi partout de minuscules téléphériques, parfois grands comme des baignoires, pour emmener les randonneurs au sommet des montagne ou transporter du matériel d’une ferme à l’autre, d’une falaise à l’autre. On monte tout seul dans la cabine et on décroche un téléphone pour annoncer à un technicien caché quelque part que l’on souhaite monter. Et hop ! Il ne faut pas regarder en bas !

J’ai adoré aussi cette spécialité tellement suisse que j’appelle la confiance. Il y a partout des boîtes aux lettres ou des maisonnettes dans lesquels vous trouverez des fromages d’alpages, des confitures, des fleurs en libre-service avec une tirelire. On y trouve même des cristaux, qui sont pourtant assez chers, trouvés par les cristalliers, présentés sur des étagères sans aucune surveillance. Cette confiance et cette honnêteté me touchent profondément.

Il y a beaucoup de joie sur les montagnes car les gens fuient les villes et les masques pour respirer l’air des cimes. Partout les restaurants sont pleins, les musiciens et les accordéonistes animent les buvettes des alpages et les rires fusent. Cela fait un bien fou !

Et j’ai aussi rencontré beaucoup  de gens qui se réinventent et rebondissent sur des épreuves personnelles, comme Jelje Gordon-Lennox que j’ai croisé en Engadine qui, suite à une accident de chantier lors de la rénovation et le ‘déplombage’ de quatre appartements dans son immeuble à Genève, elle et sa famille ont été contaminés et exposés à de très hautes quantités de plomb, ce qui a eu pour conséquence de sérieux troubles neurologiques chez elle, son mari et leurs enfants. Jeltje a perdu son emploi, ses nombreuses activités annexes, sa santé, son argent et son énergie, à tenter d’obtenir justice et réparation. En vain. « Je ne demande rien d’autre qu’un pardon. Juste reconnaître le mal qui nous a été fait. Mais la régie a décliné toute responsabilité. Alors pour guérir, elle écrit des livres qui traitent des rituels émergents et ceux qui nous permettent de nous libérer des traumatismes. En fin d’année, elle sortira son 7ème livre sur le traumatisme et les ritualisations au temps de la peur. Un sujet largement d’actualité ! Quels rituels pouvons-nous pratiquer pour nous libérer de nos peurs au quotidien. Elle a été notre 4ème graine de joie et je lui ai remis sa médaille en graines d’Artemisia crée par l’association ReSsources, Kokopelli suisse pour la souverainté alimentaire.

Floriana Abete se rend au marché en bicyclette et avec sa petite charrette remplie de produits artisanaux à la lavande

A Bellinzone, j’ai rencontré au marché Floriana Abete qui vendait des articles artisanaux à la lavande. Elle m’a raconté que c’est la lavande qui l’avait sauvée d’un immense chagrin suite à un drame personnel il y a deux ans. Mère d’un premier enfant, une fillette qui a aujourd’hui 10 ans, elle avait perdu son bébé après 5 mois de grossesse. Et peu de temps après, son compagnon est décédé d’un cancer. Un jour, elle a appris que d’importants travaux allaient être entrepris sur la route à côté de chez elle et qu’une longue allée de lavande allait être arrachée. Comme elle aimait particulièrement cette fleur, elle a décidé d’aller sauver quelques plants pour les replanter sur une toute petite parcelle dans son jardin. « Mettre les mains dans la terre, semer, planter et redonner vie à ces fleurs m’a aidée à guérir. Être sur ce petit bout de terre qui sent bon et dont je prends soin depuis deux ans avec ma fille, refleurit mon existence et me donne tellement de joie », m’a-t-elle raconté. Elle est ma 5ème graine de joie et, à son tour, elle m’a promis qu’elle allait planter des graines d’Artemisia pour développer son activité.

Un vrai rayon de soleil, Marie-José!

A Einsiedeln, j’ai rencontré Marie-José, une retraitée valaisanne qui a crocheté son petit bonnet et qui sillonne chaque année la Suisse, seule et dans tous les sens pour amortir son abonnement général. Elle m’a raconté qu’à 20 ans, elle était déjà une nomade dans l’âme et qu’il lui arrivait souvent de dormir entre deux chariots à bagages dans les gares. « Aujourd’hui, je le ferai plus, hein, c’est devenu trop dangereux ! » m’a-t-elle raconté.  Devant la cathédrale, il y a un vieux monsieur qui, m’a-t-on dit, réside dans un foyer pour personne avec une petite déficience mentale, qui joue tous les jours du tambour et achève son animation par un grand éclat de rire. Il fait ainsi sourire des milliers de visiteurs et de pélerins chaque année qui, malgré une piteuse prestation, l’applaudissent chaleureusement.  Comme je respecte et j’aime ces petits brins de folie qui se faufilent dans la vie normative. Ils sont précieux car ils sont un peu des soupapes de sécurité pour nos vies accélérées et surmenées.

 

 

Comment recycler une énergie négative en lessive propre

En deuxième partie, j’aimerais partager avec nos auditeurs une réflexion philosophique personnelle. Aujourd’hui, et plus que jamais, la vie nous place devant deux scénarios possibles majeurs. Nourrir par la peur, le train-fantômes qui se déroule sous nos yeux ou apporter une énergie d’amour, d’unité et de confiance à une nouvelle histoire fabuleuse qui est en pleine ébauche dans les coulisses invisibles de l’actualité.

Personnellement, je fais partie de ceux qui croient qu’à travers ce que nous vivons aujourd’hui, une nouvelle humanité est en pleine éclosion, comme la chenille devient papillon. Plutôt que de nous affoler sur le cocon en pleine dislocation, pourquoi ne pas se concentrer sur de ce qui est en train de naître. Je fais le choix de fixer mon attention sur la beauté, le courage, la bonté, l’abondance et la générosité infinie de nombreux humains et de notre planète.

Tous les joyeux que j’ai rencontré m’ont partagé le même secret : ils ont surmonté la peur et les angoisses en redevenant souverain. En reprenant le pouvoir sur chaque situation dans leur quotidien, aussi anodine soit-elle. Cela signifie la retourner ; faire basculer une énergie négative en une énergie positive, pour nous, comme pour les autres. Et la meilleure manière, c’est de rendre un petit service à quelqu’un, même si on n’en a pas envie. Un compliment à une caissière, un coup de fil à une personne pour lui dire qu’on pense à elle, un café offert à un inconnu, une donation anonyme, etc.

Quand il m’arrive de me lever de mauvaise humeur ou d’être angoissée, ce qui est très rare, je rends rapidement un tout petit service à quelqu’un ou je fais immédiatement quelque chose de créatif et de positif. Et me voilà « retournée » dans une belle énergie qui va m’accompagner toute la journée.

Je vous donne un exemple : il y a quelques jours, après avoir parcouru quelques informations stressantes, je suis descendue toute énervée de ma couchette à bord de mon camping-car. J’étais au Tessin.

Derrière ma fenêtre, j’ai remarqué quatre bergers qui couraient dans tous les sens après des vaches qui s’étaient échappées. Après avoir finalement repris le contrôle de la situation, ils se sont affalés sur l’herbe, en sueur et épuisés. Je suis immédiatement sortie de mon van pour leur proposer un bon café, ce qu’ils ont accepté avec plaisir. Et voilà comment j’ai sauvé ma journée. Trois minutes de fraternité avec quatre hommes qui passaient par là…

Si je parcours la Suisse depuis bientôt deux mois, c’est pour vivre et vous partager la beauté de ce pays et de ce peuple, surtout dans l’arrière-pays, où je rencontre des gens pleins de bonté, de bon sens et de simplicité. Ils n’ont pas le temps de palabrer sur le Covid. Ils travaillent, labourent, nourrissent les bêtes, prennent soin de nos paysages, de nos routes, se réinventent, comme cette famille qui a transformé, Covid oblige, son agence de voyages en un café-restaurant pour continuer à subvenir aux besoins de leur enfant, lourdement handicapé. Ils vont de l’avant et vivent dans le présent.

Bref, chaque fois que je me sens happée par un comportement irritant ou une information anxiogène, je sors ma baguette magique et je retourne la situation, jusqu’à ce que je sente que dans mon corps, la crispation se soit changée en accueil et en ouverture. Jusqu’à ce que je change de vibrations et que je recycle mon énergie, comme de la lessive sale pour en faire du linge qui sent bon. C’est ça la liberté : c’est de choisir comment on se sent. C’est un jeu et un défi permanent, mais il n’y a pas de plus belle chasse au trésor que la quête de ce bien-être personnel. Et comment est-ce qu’on sait si l’on a trouvé une vraie joie en soi, à différencier du plaisir qui est très superficiel ? Lorsqu’on éprouve une sérénité qui ne dépend plus des événements extérieurs pour se manifester. Elle est toujours là, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau.

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