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Après 10 ans de vie à deux dans un bonheur sans faille, mon chien Ulysse s’est éteint paisiblement au Danemark (13 ans) au milieu de l’aventure de Joy for the Planet. Cet être m’a tant comblée et portée, accompagnée et aimée que lui rendre hommage était une évidence. Ce chien était unique et inoubliable pour beaucoup. Je reprends ma route, seule à bord de Begoodee qui pleurt le meilleur de ses passagers. Il n’est plus à côté de moi mais il est désormais en moi, tout autour, dans la forme d’un buisson, le vol d’un oiseau, la visite d’un chien ou dans le souffle du vent sur mes cheveux… Tu es toujours là, tu as simplement élargi à l’infini la garde-robe avec laquelle voyage ton esprit…
Tu es notre 27 ème Nominé de la Joie.

L’histoire de ses premières années

Ulysse était le chien d’un SDF de Cogolin, près de Saint-Tropez. Son maître souffrait d’un cancer incurable. Il a renoncé à être hospitalisé et à se soigner pour ne pas abandonner son chien. Ulysse l’a accompagné jusque dans la mort. Pendant trois jours, personne n’a pu l’approcher. Finalement, une association protectrice des animaux a réussi à le récupérer. Il a été toiletté pendant 8 heures. Il n’avait pas été très bien « entretenu », c’est normal, mais très aimé par son premier maître. Raison pour laquelle il a gardé son nom.

J’ai vu sa photo sur internet et j’ai été le chercher. Il m’a tout de suite suivie. C’était en septembre 2008. Il avait déjà 3 ou 4 ans. Depuis ce jour, un soleil est entré dans ma vie. Ulysse ne recherchait que la compagnie des humains. C’était tout ce qui l’intéressait et il ignorait poliment ses congénères. Au point où on l’avait surnommé « L’humchien »!  Il avait une démarche très spéciale et trottait comme un petit cheval. Il avait une dysplasie des hanches mais, grâce à d’excellents compléments alimentaires, son corps a très bien tenu le coup. Sa fragilité venait du coeur. Il était physiquement trop grand. Avant de succomber à ce 3ème oedème pulmonaire, il avait déjà survécu à deux autres grosses alertes et je lui donnais trois fois par jour plusieurs médicaments très efficaces qui ont sans doute contribué à le prolonger de deux ans en tout cas… Je suis très reconnaissante à la médecine et à ses vétérinaires de nous avoir accordé ce si généreux « bonus ».

Le 7 juin autour de midi, alors que nous étions en route en direction de la Norvège, il a été pris d’une nouvelle crise sur son lit à bord de Begoodee. Dans un premier temps, j’étais paniquée car je me pensais au milieu de nulle part. Et puis lorsque j’ai « googelisé » un vétérinaire autour de moi (par géolocalisation) j’en ai trouvé un à 2km seulement! Inespéré! C’était une clinique formidable à Varde et les vétérinaires l’ont pris en charge en urgence. Ils ont réussi à stabiliser son état. Après plusieurs heures d’attente, ils m’ont dit qu’Ulysse dormait tranquillement et qu’il fallait lui laisser encore un peu de temps avant de reprendre la route. C’est vers 19h qu’ils sont venu m’annoncer la nouvelle. Son coeur s’était arrêté de battre tout naturellement. Les nombreux soins prodigués ont au moins servi à cela: calmer sa respiration, le soulager et l’apaiser pour entreprendre le grand passage… J’ai été lui dire au revoir. Il était très beau et s’était endormi dans sa position habituelle. Je l’ai longuement caressé, je l’ai remercié pour la vie merveilleuse que j’ai vécu à ses côtés, pour sa protection, sa douceur et sa bonté. J’ai repris son collier et une boucle de poils…

Déjà des signes

Cela fait 6 jours que tu es parti maintenant et tu m’as déjà envoyé plusieurs signes extraordinaires! Tu as même réussi à me faire pleurer…de rire!

  1. D’abord, en ouvrant ton placard, j’ai été assommée par un emballage assez lourd, à la forme cubique. Quand j’ai lu l’étiquette, il était écrit « Protect »! C’est un complément alimentaire de la marque Flavon. Tu me rappelais, plutôt efficacement, que tu étais toujours là pour me protéger.
  2.  Je me suis arrêtée pour me recueillir en bordure de forêt. Un petit chien noir est venu à ma rencontre et est reparti, comme pour me saluer et me réconforter. Un peu plus loin sur le sentier de promenade, il y avait une gamelle, au milieu de nulle part.
  3. En route pour le Nord, je me suis arrêtée dans un observatoire perché au-dessus d’un étang. Et je t’ai vu… Dans un bosquet, allongé, dans la position qui est typiquement la tienne… « en crapaud »… Tu respirais paisiblement et ton beau pelage était caressé par le vent (photo)…
  4. Le village où je me suis arrêtée après ta mort pour passer la nuit s’appelait « OSlOS »! OS/OS! Et me parle de ces « os » que tu adorais ronger!
  5. Et au camping, le mot de passe pour internet était « All united » (Tous réunis)…qui était notre mission de vie: tous nous réunir par le partage de la joie et de la beauté.

Tu es partout

Depuis quelques jours, je sens que tu n’es plus à côté de moi mais en moi et tout autour… Ton esprit n’est plus entravé par sa vieille carcasse mais il circule librement et s’exprime sous d’autres formes qu’il ne dépend que de nous de capter ou non… Plutôt que de m’installer dans ma tristesse et pleurer longuement ce vide que tu laisses et ton absence, je célèbre tout ce que tu as laissé en moi d’amour et d’exemple. Tu étais dans une enveloppe à quatre pattes, tu es devenu un buisson, un oiseau noir et gris, le nom d’un village, la visite d’un chien, un mot de passe, une plume ou un coeur gravé sur un arbre.

Au fond, c’est cela qui fait de mon existence un cadeau quotidien. C’est le regard que je porte sur les gens et les choses. Alors la magie opère, d’autres réalités se révèlent et viennent à moi avec grande douceur. Et je peux les offrir en retour à travers mes vidéos et mes reportages, à travers l’intensité des rencontres que je fais. C’est en cela que nous sommes les créateurs de notre vie. Quel regard posons-nous sur les événements extérieurs à nous? Sommes-nous dans la résistance ou choisissons-nous d’accepter? Le jugement, la révolte ou la gratitude et le lâcher prise? Et c’est en cela que nous sommes responsables de tout ce que nous vivons et traversons, les orages comme les accalmies, les écueils comme les moments de sérénité. Aujourd’hui, je vois et ressens mon Ulysse au-delà du voile des apparences. Il m’a quittée dans sa forme physique si attachante mais il s’est multiplié sous la forme de mille manifestations.  Non seulement je ne me sens pas seule mais « complétée ».  Il s’est fondu en moi en m’offrant un petit supplément d’âme et de bonté.

Avant, je croquais déjà la vie à pleines dents. Désormais, je vais la renifler et laisser traîner mes narines sur chaque fleur rencontrée en chemin.

 

La forme de ce buisson était touchante de réalisme avec la silhouette d’Ulysse

Je me suis arrêtée dans le premier camping sur ma route pour y passer la nuit. Et le nom du village était OslOs!

 

J’ai déposé des petits tas des dernières croquettes d’Ulysse dans la nature, petites offrandes de sa part. Au pied de cet arbre par exemple. Et à ma plus grande surprise, juste derrière, un coeur était gravé dans l’écorce.

A l’endroit où je me suis arrêtée pour distribuer les croquettes d’Ulysse dans la nature, exactement devant la porte d’entrée de mon bus, il y avait une plume avec les trois couleurs précises du pelage de mon chien: noir, gris et blanc.

Voici la dernière photo d’Ulysse, lapant à grandes gorgées dans un petit lac à la frontière entre l’Allemagne et le Danemark, la veille de sa mort.

 

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