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Départ à 9h ce matin en direction de Montreux où je suis invitée à partager un repas du 1er août avec une amie qui vit depuis cinq ans dans une maison de retraite. En chemin, je m’arrête dans un petit supermarché pour faire quelques courses et je sors mon super masque que m’ont offert mes amis des Ateliers de la Côte, Anne-Catherine et Alain Schneiter!

A midi, je me  gare devant l’EMS. Il fait une chaleur étouffante. Passé la porte de l’établissement, je retrouve ma chère Marie Mellioret qui y travaille comme art-thérapeute. Étonnamment, en 2018, j’avais aussi démarré mon aventure avec Pierrette et Marie que j’avais justement rencontrée dans ce foyer. Mon coup de coeur pour cette jeune femme pétillante et sensible s’était traduit par la remise du premier trophée de Joy for the Planet, une petite lampe solaire pour remercier ces héros lumineux que j’avais surnommé les « Nominés de la Joie ».

 

Pierrette lors de ma précédente visite en 2019 avec Lovski

Je retrouve ma Pierrette dans sa chambre. Elle m’ouvre grand les bras.  Son corps s’affaiblit de jour en jour depuis plusieurs moi et elle « se sent partir ».  Elle me dit qu’elle  » est parfaitement sereine et qu’elle se réjouit de rentrer à la « maison », de « quitter ce monde déshumanisé depuis la crise du coronavirus ». Depuis le confinement, elle a à peine vu ses enfants et communique avec ses petits enfants que par écran interposé. Mais heureusement, Marie et tout le personnel soignant l’entourent avec beaucoup de chaleur humaine et de dévouement. J’ai une admiration sans bornes pour ce personnel (y compris les vendeurs dans les magasins) qui doivent porter toute la journée un masque, et en pleine chaleur!

Malgré ses souffrances physiques, Pierrette est une VIVANTE. Être vivant n’a rien à voir avec être en bonne santé. Nous pouvons être vivant, rayonner du dedans, même malade. Comme nous pouvons avoir une santé de fer et être mourant de l’intérieur, parasité par des pensées négatives qui nous consument. Pierrette m’enseigne combien il est important de rester animé par une flamme intérieure jusqu’au bout. Et accepter les mouvements naturels de la vie qui vient et qui part. Vivre et mourir et puis renaître.

Un aide-soignant congolais d’une gentillesse extrême nous a préparé une jolie table sur une terrasse. Pierrette est très fragile mais ses yeux brillent comme deux étoiles qui viennent de naître. Elle me dit: « Être vivant, c’est voir la vie enchantée. C’est faire de sa vie un objectif. Je suis persuadée que la vie est faite de ce qu’on veut bien en faire. On peut être bien ou mal, ce n’est pas la question. Ce qui compte, c’est de voir comment à l’intérieur de soi, on conçoit la vie. Si on la conçoit avec légèreté, avec amour, alors on trouvera sur son chemin tout ce qu’il faut pour soi. Il ne faut pas avoir peur de changer de route à tout âge. C’est derrière une touffe d’herbe ou un bosquet que l’on trouve le suc de la vie. Ce qui est important, c’est de sentir la vie en soi. Je sais que je vais bientôt m’en aller et cela ne m’occasionne aucune espèce de crainte. J’ai accompli mon travail sur cette terre et puis voilà… »

Silence et émotion. Au dessert, Pierrette m’achète 5 livres « La route de la Joie » que je dédicace pour sa famille, ses amis et le personnel soignant pour qui elle a une profonde gratitude.

Puis, je la raccompagne dans sa chambre. Un infirmier vient l’aider à s’allonger dans son lit, car ses violentes douleurs physiques ont repris. Elle m’offre deux cornets Migros pleins de livres de sa bibliothèque. En souvenir. Des larmes perlent à nouveau. C’est le moment de nous dire au revoir. Je sens que je ne la reverrai plus. Son regard a parlé et nous le savons. Alors chaque mot compte. J’arrose mes paroles d’eau et de gratitude. Je veille à ne pas dire de banalités. Pas une virgule superflue. Pas un point pour interrompre la magie de nos adieux, juste un tiret de son âme à la mienne. À quoi ressemblerait le monde si nous nous parlions les uns les autres comme si c’était la dernière fois? Moi je pense que cela serait le paradis. Je chéris ces derniers moments avec mon amie. Je n’en perds pas une miette. Instant sacré. Et c’est si beau de rencontrer quelqu’un qui prépare sa mort en conscience et avec sérénité. Quelle exemple! Quelle sagesse! Un dernier échange de regard et je m’en vais, le coeur comblé de l’amour.

Encore émue, je retrouve Marie qui a fini son travail. Elle fait un calin à Lovski devant Begoodee. Elle m’accompagne jusqu’à une très jolie plage au bord du lac, à quelques minutes du foyer. Elle est bondée de monde et d’insouciance, de légèreté et de vie. Il fait tellement chaud que toute la ville de Montreux s’est jetée dans le lac! Quel étrange et heureux contraste avec d’autres situations ailleurs en Europe. Je bénis ce moment de liberté, chez nous en Suisse. Jusqu’à quand? Devant la fragilité de ce moment rare, j’apprécie et je savoure tout. Mème d’attendre 30 minutes pour un Spritz et un jus de pommes! Tout est bon quand on prend conscience de l’éphémère.

Marie m’explique que depuis sa participation à Joy for the Planet/Europe, elle s’est reconvertie dans la musique et le chant. Elle est devenue un artiste à part entière du nom de Marim et donne déjà des concerts et des séances d’expression vocale et de créativité par la voix. Elle veut se libérer de toutes les étiquettes, les identités et les rôles qui collent aux semelles de notre existence comme un vieux chewing-gum! Quand il n’y a plus personne en nous, c’est là qu’il y a vraiment « quelque chose ». Cela me fait penser à cette merveilleuse citation de l’auteur et initié canadien que j’affectionne tout particulièrement, Bernard de Montréal: « L’être humain, à un certain moment de son évolution, à un certain moment avec son contact avec la lumière, est obligé au niveau de son ego de remplacer ce qu’il croit, ce qu’il sait, ce qu’il veut, ce qu’il désire, par rien! Et lorsqu’il remplace ceci par rien, il lui est donné en retour : tout! C’est-à-dire qu’il lui est donné en retour la capacité de connaître, de savoir, sans pouvoir souffrir de ce qu’il sait. Or, tout humain spirituel souffre de ce qu’il sait ou de ce qu’il sent, parce que justement il n’a pas encore détruit les formes dont il a besoin pour l’évolution. »

J’ai trouvé une jolie place pour passer la nuit à La Tour de Peilz. Mon frigo est déjà à la peine, tant il faut chaud. J’ai aussi oublié un petit détail: Lovski, comme beaucoup de chiens, est terrorisé par les pétards (et le tonnerre). Et on sait que le 1er août, ce n’est pas une fête pour nos toutous! Alors je met du Jimmy Sax à fond à bord de mon bus et je danse avec mon chien pour atténuer le bruit des pétards et faire diversion, ce qui marche assez bien! Je n’ose pas imaginer la tête des voisins à leur balcon en remarquant un petit camping-car qui se dandine dans tous les sens! Et après les pétards, un énorme orage en bouquet final! Mais je bénis ce déluge rafraichissant et salutaire!

Demain, j’ai rendez-vous avec une donatrice de Joy for the Planet qui avait acheté une contrepartie « Une journée à bord » en 2018 pour renflouer notre cagnotte de la joie, organisée par Sacheen Sierro. Je suis très heureuse d’honorer ma promesse deux ans plus tard! Je lui réserve une petite surprise. A vous aussi!

 

 

 

 

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