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Cette chronique est diffusée vendredi 10 août à 16h. Elle résume le premier mois de traversée de la Suisse.

Bonjour Lucas,

Mon intention à travers ce tour de Suisse est de partir en quête de libre-penseur et sensibiliser mes lecteurs et les auditeurs de La ligne de coeur et de votre émission A l’Abordage à l’importance de pointer notre regard sur tout ce qui est vivant, c’est à dire ce qui est authentique, spontané et créatif. Pourquoi ? Pour nous aider d’une part, à traverser les épreuves de la crise actuelle, d’autre part à façonner notre avenir à partir de la plus haute version de nous-même, en s’inspirant des autres. Je ne prends aucun parti, sinon celui de la souveraineté de l’homme. Ce projet que je finance moi-même est en partenariat avec l’association ResSources qui, depuis 2009, travaille à la préservation et au maintien de la biodiversité cultivée, maraîchère, agricole et médicinale, en prenant soin des semences naturelles et patrimoniales, par la conservation, la multiplication et la diffusion de ces ResSources de vie. Joel Vuagnaux a donc patiemment préparé une trentaine de médailles en graines d’Artemisia Annua à offrir en chemin.

Je suis donc partie symboliquement le 1er août, jour de la fête nationale suisse.

J’ai commencé ma traversée de la Suisse, par une escale dans un lieu hors du temps, sur un alpage suisse: au Liboson. Un chalet d’alpage et en même temps un centre culturel situé au-dessus de Montreux, où Paul et Nicole du Marchie van Voorthuysen ont dédié leur vie à la quête de la beauté à travers la philosophie, la science, l’art et la musique. Alors qu’il a séjourné une partie de sa jeunesse dans les grands palaces aux Pays-Bas, ses parents sont ruinés par la guerre et Paul commence une vie d’errance, détaché de toute possession, entre les nomades du Sahara dont il répare les horloges, les moines du mont Athos, des études sur le génie génétique, l’astronomie, l’iconographie, la photographie, la verrerie d’art et j’en passe.

Cette chambre d’hôtes et centre culturel unique au monde nous emmène dans un autre espace-temps où chaque pièces, objets et agencement a été construit par Paul lui-même: les chambres, la décoration, une crypte égyptienne, un atelier de peinture, une bibliothèque foisonnante, un orgue au son exceptionnel, un hammam et même un petit château fort 100% opérationnel qu’il a construit pendant deux mois avec une fillette dans une détresse psychologique et dont ils ont pris soin.

Pour résumer la philosophie de Paul du Marchie,  il nous interpelle sur l’urgence de redevenir l’être de beauté et de grandeur que nous sommes « naturellement », dit-il, tandis que nous nous laissons divertir et détourner de notre véritable mission par la peur, les croyances, les religions, le divertissement. Et notre véritable mission pour lui, c’est de manifester dans la matière le meilleur de nous-même. Il pense que nous nous sommes empêtrés dans un système qui nous « abrutis » et nous ponctionne une énergie précieuse en nous réduisant au rôle de consommateurs endoctrinés, avec un état mental « pas loin de celui de la limace ».  Alors que les humains sont faits  pour créer à l’infini… Se libérer des programmes encodés en l’homme depuis des milliers d’années ouvre le passage à la créativité pure et à la gratitude du moment présent. J’en ai fait un documentaire à découvrir sur la chaîne youtube de JFP.

Je vous laisse découvrir plus en détails la philosophie de Paul du Marchie qui vient de rédiger un « Manifeste d’un homme en colère ». Colère d’observer le miracle de la vie humaine être prise en otage par l’ignorance, la paresse et le besoin d’être rassuré.

Jolie rencontre avec la police
En quittant le Liboson, j’ai fait une rencontre magnifique avec la police vaudoise! Alors que je redescendais de Glion à Montreux, je me suis arrêtée à un feu rouge de régulation de chantier avec une déviation à gauche. En face, la route principale était interdite avec le panneau suivant: « Interdiction de circuler sauf poids lourds du vendredi au lundi ».

Je me suis dit que j’étais un poids lourd et que nous étions lundi. Aussi, je savais que les lacets de déviation étaient serrés et je n’étais pas sûr de ne pas rester coincée avec mon Begoodee. Au feu vert, j’ai donc pris tout droit…

100 mètres plus loin, une brigade de police me fait signe de m’arrêter. Tout à fait sincère, je dis au chef que j’étais persuadée de faire partie des poids lourds et que nous étions un lundi. Tout sourire, le chef me répond que « je n’ai pas le permis poids lourd » mais que ce n’est pas grave car « la déviation est en effet très étroite pour un camping-car ». Il fait le tour de mon bus et m’encourage à m’arrêter dans une station pour faire regonfler mes pneus et faire contrôler mes freins qui « sentent le chaud ». Les trois autres agents sont aussi sympathiques et chaleureux que leur chef. Nous échangeons longuement sur mon projet et le but de ma traversée en Suisse.

Il pleut des cordes et je n’arrive plus à me séparer des ces quatre policiers, ouverts et conciliants. Si bien que je décide de leur lire le chapitre de mon livre « La route de la Joie » que j’avais consacré aux policiers! Pour ne pas mouiller mon livre, ils m’invitent à leur lire mon histoire sous le haillon de leur véhicule de police. Et me voilà assise dans le coffre, les quatre officier autour, m’écoutant attentivement. Ambiance irréelle. Ce chapitre rend hommage aux forces de l’ordre, trop souvent la cible injustifiée de nos frustrations sociales. A la fin de ma lecture, ils sont très émus. Presque les yeux mouillés. L’un d’eux me dit: « Je n’ai qu’un mot, merci! Cela nous fait chaud au coeur, car notre métier est devenu tellement difficile. Merci, merci! »

En repartant, j’ai encore lancé par la fenêtre: « Je vous réserve une dernière petite surprise. Je vais klaxonner avec ma Cucaracha mais surtout… ne me dénoncez par à la police! Il n’est pas conforme! » Éclats de rire de toutes parts. Coup de klaxon musical et je redémarre.

C’est cela Joy for the Planet. Composer avec les imprévus et rendre le monde encore plus humain. Merci à ces quatre agents de police vaudois, plein d’humanité, de respect et de bienveillance.

Le boulanger aux mains d’or
Dans le canton de Vaud, j’ai passé une journée en reportage avec un boulanger alchimiste, Marc Haller. Il change le pain en amour pour celui qui croque dedans. On dit que ses pains nous rendent encore plus vivants. Marc Haller était un boulanger qui faisait des croissants à la chaîne avec, au bout, une belle réussite économique mais aussi un burn-out personnel qui l’a guidé sur le chemin de Compostelle. Après trois mois de marche, il vit une profonde guérison : celle de ralentir et de prendre soin de lui-même et de son entourage. En 2007, il créé les Pains de mon Chemin, une fabrication de pains artisanaux qui respecte le processus de la transformation des céréales.  Mélangés à la main, nourris de levain naturel et cuit au four communal de l’Abergement, ses pains sont comme des prières. Ils nous exaucent et nous rendent meilleurs. Marc Haller vend ses trésors au marché à Yverdon, tous les mardis et les samedis matin. Il donne aussi des cours pour enfants ou adultes, à Pomy, sur la fabrication du levain

Le boulanger aux mains d’or n’a pas perdu son âme d’enfant. Son secret de la joie, c’est de se laisser émerveiller par des tous petits clins d’oeil de l’existence, le chant d’une fontaine, une fleur de pissenlit, l’écorce d’un arbre, des lettres gravées dans la pierre du Jura et bien sûr, les fours à pain, qu’il chérit comme le ventre d’une future mère.

Marc Haller a compris que chaque action accomplie avec amour permet la levée du blé glorieux de nos existences. Le semence en conscience est le vrai capital de l’Humanité.

Elle joue pour les arbres
Puis j’ai rencontré une jeune femme qui joue tous les soirs du cors des Alpes pour les arbres de cette clairière à Bretonnière. C’est un rituel d’apaisement que Béatrice Fellay s’offre à elle-même comme au monde actuel agité. Il paraît que même les chevaux dans l’entourage sont tranquillisés. Chats et biches viennent l’écouter.

Puis j’ai roulé d’Yverdon à Cernier, dans le Val de Ruz où j’ai découvert, grâce à Ariane Dennler, une suiveuse de l’aventure depuis 2018, Eric BIndit, dit Bindbois, amoureux de la forêt et bûcheron depuis son adolescence. Il a acquis un bout de forêt et il a eu l’idée de créer un petit endroit magique, un fief, un gîte en rondins, en bûches. Une construction en perches. Fenêtres magiques, carrées, losanges, une croix qui était le tronc d’un arbre qu’il a coupé sur lequel il a dit merci à Dame nature de nous offrir toutes ces beautés. Deux lits pour passer la nuit et écouter le chant des oiseaux au mois de mai. Il est très alerte avec les tronçonneuse donc il fait des sculptures sur bois, des sangliers, des bouquetins, des têtes d’indiens. Il est demandé partout pour transformer des souches en création. Cela aide les gens à faire le deuil de leur arbre. Il y a des caisses de jeux de société,  lancer de hache…

Près de Reconvilier, j’ai rencontré Le Bel Hubert, un chansonnier jurassien, mécanicien sur voitures anciennes, une vedette dans la région. Avec les enfants, il nous a emmené au bord de la rivière pour chanter et jouer un morceau de guitare.

Puis, je me suis arrêtée à Champoz pour remettre une « lettre de gratitude » à Ginette, une retraitée adorable, qui fut l’ancienne voisine des directeurs et fondateurs des Ateliers de la Côte à Etoy, Anne-Catherine et Alain Schneiter. Ils souhaitaient lui dire merci pour sa bienveillance et tous les petits services rendus pendant des années. Elle en était très émue.

 

Un jour de lessive et de ménage à bord de mon camping-car et en attendant que mon linge sèche, je suis partie randonner au Mont Girot, au-dessus de Champoz. Et là, j’ai eu la chance de partager un rösti avec un paysan à la retraite et deux bûcherons, plein de gentillesse. L’un d’eux, Jacques, était taillé à la hache, c’est le cas de le dire ! Un jeune colosse, avec 40 ans de bucheronnage, un gladiateur torse nu, à la peau cuivrée comme une statue antique en bronze coulé. Nous parlions un peu de l’actualité et du coronavirus et quand j’ai compris que j’avais affaire à un rebelle, je lui ai demandé comment il résistait aux mesures de protection, comme le port du masque ou la possibilité d’un vaccin anti-covid obligatoire. Et il m’a répondu qu’il évite simplement les grandes surfaces ou les lieux publics où le port du masque est obligatoire. Quant au vaccin, il m’a répondu qu’il était exclu qu’on lui injecte n’importe quoi dans le corps (je le cite) et qu’on touche à son intégrité physique, que protège la constitution suisse, si celle-ci est respectée. Il m’a dit que son meilleur vaccin est et restera un bon verre de vin rouge !

Et une fois de plus, je me suis rendue compte que les joyeux que je rencontre sur mon chemin depuis l’aventure européenne en 2018 ont tous pour dénominateur commun une particularité : ils sont des esprits libres. On peut donc tirer un parallèle entre la joie et la liberté.

En nous quittant, ce bûcheron m’a dit : « Une chose est sure : le paradis, c’est ici-bas qu’il existe et qu’il faut le vivre. Et vivre son paradis, c’est préserver, défendre ou reconquérir sa liberté, si on l’a perdu. En fait, je crois qu’il parlait de souveraineté, c’est à dire une liberté plus profonde encore. Celle de gouverner son existence par soi-même.

Car il ne faut pas confondre la liberté de l’adolescence et la souveraineté. Je ne parle pas de cette liberté capricieuse et impulsive qui rue dans les brancards, saccage les vitrines des grands magasins, fume du haschich à la moindre contrariété, jette sa canette de bière par la fenêtre de la voiture, crache sur les parents ou les présidents, donne des claques tous azimuts, fait l’amour en public ou insulte les institutions. Non, je parle d’une liberté qui consiste à prendre nos décisions à partir d’un espace de liberté en soi, lavé de toute hypnose collective et de ses conditionnements familiaux et sociaux.  C’est une région intérieure où les concepts de bien et de mal s’effacent, comme nous y invite le merveilleux poète perse Djalâl-od-Dîn Rûmî : Tout là-bas, au-delà des idées de mal faire et de bien faire, il y a un champ. Je t’y rencontrerai. Quand l’âme se couche dans cette herbe, le monde est trop plein pour que l’on puisse en parler. Les idées, le langage et même la phrase « l’un et l’autre » n’ont plus aucun sens.

On peut être libre et serein en prison ou captif entouré de sa famille, dans son bureau ou dans son jardin, si nous sommes verrouillés de l’intérieur, si nous sommes phagocytés par nos peurs, nos croyances et nos jugements. Chaque seconde, il nous est demandé de choisir entre rester dans notre zone de confort ou préférer dépasser nos pensées entachées de doutes, pour plonger dans la confiance, dans l’amour de soi et des autres. Un écrivain que j’aime beaucoup, feu Jean-Edern Hallier, a dit :  La vie vous place devant cette alternative : réinventer l’honneur, la noblesse et le courage ou mourir frileux, repliés sur soi-même.  C’est la liberté du libre arbitre qui consiste, à mon sens, à choisir entre la peur et l’amour, entre laisser régner la personnalité ou lui préférer l’âme comme gouvernail.

Tout cela pour dire que lorsque l’on est libre, l’on vit la joie au quotidien. Et c’est contagieux.  Parce que lorsque nous sommes dans la joie, nous avons envie que les autres le soient aussi. La sagesse de la joie va de pair avec une sagesse de l’engagement. Il nous devient alors vital de nous engager pour faire reculer le malheur du monde, avait déclaré un jour l’écrivain Frédéric Lenoir.

C’est bien en quête de cette liberté et de cette bonté, source inépuisable de joie, que j’ai traversé en 2018 vingt-trois pays, parcouru quarante mille kilomètres, et que je continue actuellement à traverser la Suisse pour témoigner du meilleur en l’Homme.

Nouvelle rencontre étonnante sur ma route en direction de Délémont. Joseph Noirjean, pilote d’hélicoptère, paléontologue, collectionneur de sables du monde, éleveur d’autruches, orpailleur et grand amoureux de l’Australie. Rien que ça! Au parc « Autruches aventure » à Lajoux, il y a de quoi occuper l’esprit de tout le monde, petits et grands: on peut visiter une exposition de fossiles qui représente une partie du don que la Fondation Paléontologique Jurassienne a reçue en 2014. Il y a aussi une collection de 1886 échantillons de sable de Suisse et d’ailleurs et bien sur, un petit parc animalier avec plusieurs autruches et visite guidée. Possibilité de dormir sur la paille, d’être initié à la recherche d’or avec la remise d’un diplôme d’orpailleur! Réunions festives possible autour d’un foyer immense pour une grillade familiale avec des omelettes géantes! Un oeuf d’autruche peut nourrir 12 personnes! Ce n’est pas tout. Joseph vous invite à survoler en hélicoptère les montagnes jurassiennes! Cet aventurier suisse aime créer des expériences positives qui permettent de réconcilier la ville et la campagne et de promouvoir l’agro-tourisme. Ce sympathique cow-boy des montagnes jurassiennes a plus d’un tour dans son chapeau! Une jolie escale atypique recommandée à tous les voyageurs de notre pays. Joseph accueille même les camping-cars sur son terrain pour 20 francs la nuit! Bref, un lieu qui a bien des qualités!

Après l’aventurier des autruches et des fossiles, Joseph Noirjean, je me suis arrêtée deux jour à Délémont chez une agricultrice biodynamique à la retraite, Yvette Petermann et présidente des Soroptimist du Jura! J’avais besoin d’un refuge dans le calme et l’amitié pour achever la réalisation du film sur ma traversée européenne en 2018, à la rencontre de gens ordinaires extraordinaires. Ce film qui s’appelle, comme le livre, « La Route de la Joie » va bientôt être présenté en salle et dans les festivals du film dont le premier à le diffuser est le Festival des Globe-Trotter à Paris le 27 septembre à 17heures, suivi d’une conférence. J’ai profité d’offrir quelques graines d’Artémisia à Yvette car elle souffre de la maladie de Lyme (boréliose), comme plusieurs membres de sa famille, et il semblerait que cette fameuse Artemisia Annua soit très efficace pour soigner cette maladie, en tisane ou en teinture mère. En échange, Yvette m’a offert des grains de kéfir de fruits pour faire un jus absolument savoureux et excellent pour la santé, une boisson que je recommande à tout le monde pour ses vertus pro-biotiques, boosteuse du système immunitaire. Elle régule aussi le transit, améliore la digestion et régénère la flore intestinale. Il paraît qu’elle fait perdre du ventre, ce qui m’a beaucoup intéressée, bonne vivante que je suis ! J’ai du fabriquer tout un attirail pour amarrer à bord de Begoodee mon bocal de jus de kefir qui doit rester 48h à l’air libre. L’avantage, c’est que je n’ai pas besoin de le remuer, les virages s’en occupent !

Ensuite, je suis partie pour la région de Bâle où mon application Park for night, un système de géolocalisation pour dormir la nuit en sécurité et dans de beaux endroits, que je recommande aux camping-caristes et aux nomades, m’a proposé une bonne place pour la nuit à 100 mètres du fameux Goetheanum. Cet édifice gigantesque qui a l’air d’un bunker en caoutchouc est perché sur une colline. Il a été construit autour de 1925 d’après une maquette de Rudolph Steiner, suite à l’incendie de la première construction. J’en ai donc profité pour visiter cette intrigante citadelle en béton conçue dans les années 1920 par Rudolf Steiner pour abriter le siège de sa société spirituelle. On dirait un flan géant qui vient d’être démoulé et dont la forme s’est affaissée parce que pas assez cuit! Avec un brin d’humour, certains l’ont baptisé le «Vatican des anthroposophes». Le Goetheanum offre l’occasion à des hommes et des femmes de toutes les cultures et de tous les continents de se rencontrer pour cultiver la vie de l’âme en symbiose avec la nature et le cosmos qui nous entoure. Juste pour nous rappeler combien il est important de vivre en harmonie avec les lois de la nature.

Alors que je me baladais dans ces espaces gigantesques, les visiteurs avaient la possibilité de découvrir la salle où est exposée une sculpture monumentale de Rudolf Steiner intitulée « Le représentant de l’humanité ». J’ai demandé à une personne assise à côté de moi et qui parlait à voix basse en français à son amie, de bien vouloir m’expliquer cette œuvre magistrale. Il m’a dit que Le Bien n’est pas le contraire du mal mais c’est le juste milieu entre deux extrêmes. Le bien, c’est la voie du milieu entre les forces positives et négatives qui nous gouvernent.

Au centre de l’oeuvre se tient l’être humain qui cherche à avancer sur la voie du milieu. Il lui faut s’affirmer entre deux extrêmes, qui sont représentés comme des êtres.  L’extrême du durcissement, de l’ossification, de l’hyperstructuration et de la peur est incarné par Ahriman.  L’autre extrême, celui de la dissolution, de l’exaltation, de la vanité et de l’orgueil est symbolisé par Lucifer. Ces deux êtres sont présentés sous un double aspect : tantôt ils veulent séduire l’être humain pour qu’il perde son centre, tantôt ils sont maintenus en équilibre par l’être humain. Car il ne s’agit pas de fuir devant les tentateurs. On peut fort bien utiliser leurs forces en vue du Bien, si l’on sait garder le juste milieu. Sans la force structurante d’Ahriman il n’y aurait pas de technique et sans l’enthousiasme de Lucifer, il n’y aurait pas d’art. C’est un sain équilibre qui rend l’homme véritablement humain. Pour ne pas sombrer dans l’amertume ni se durcir dans ce combat qu’est la vie, l’humour est important. Il sourit depuis l’espace supérieur gauche en regardant la scène.

J’ai remercié ce passionnant visiteur et lui ai demandé s’il connaissait un joyeux à Bâle. Alors la femme qui était assise à côté de lui m’a dit, du tac au tac : Mais lui, bien sûr ! Maurice Le Guerrannic est auteur, conférencier, éditeur, imprimeur, il fait lui-même ses livres et c’est la référence francophone à Bâle sur toute la philosophie anthroposophes». Vous savez que je ne me fie qu’au fil invisible des rencontres fortuites, alors je lui ai donné rendez-vous pour le lendemain matin, chez lui. Il m’a accueillie au son d’une flûte qu’il joue à la perfection. Je lui ai demandé comment, selon lui, quels auraient été les conseils que Rudolph Steiner nous aurait donné par rapport à ce changement de société auquel nous faisons face. Il m’a répondu ceci : « En cultivant la liberté en l’homme. En l’éduquant à sa nature véritable et à sa dimension spirituelle, en ne déléguant sous aucun prétexte la gestion de son existence aux autres et au monde extérieur. La seule boussole valable est celle qui indique la souveraineté en chacun de nous ».
Puis je suis retournée à mon camping-car. Et quelques minutes avant de partir, j’ai entendu un énorme crac ! La grosse branche d’un arbre probablement asséchée venait de s’effondrer à quelques centimètres de mon bus ! Si nous avions été en-dessous, c’en était fini de mon aventure, avec un toit aplati et peut-être bien que moi et Lovski, nous aurions fini en crêpes bretonnes…après avoir rencontré un breton ! Rire !

Ensuite, je suis partie pour Baden et Schaffhouse où j’ai accompli une nouvelle mission de factrice de la joie. Et vous savez qui était le destinataire de cette lettre que j’ai reçu d’une lectrice ? Un chien, un Beagle, qui s’appelle Geekie !

J’ai donc partagé la lecture de cette lettre par skype à Geekie qui était assises sur les genoux de sa maîtresse. En quelques mots, voici ce que lui a dit Corinne :

« Je souhaiterais dire MERCI à mon beagle ; ceci va vous paraître peut-être surprenant, et pourtant, au fil des ans, des jours, des mois, c’est ce petit être canin qui n’est que bonté, fidélité, authenticité et joie de vivre qui égaie ma vie. De l’écriture de ma thèse en Gruyère où il a attendu à mes pieds, sous le bureau, patiemment ses sorties -me les rappelant parfois par mille ruses- au confinement où il a permis de structurer mes journées et me permettre des excuses plurielles pour flâner sur les quais du Léman, il est toujours là : joyeux du lever au coucher, affectueux à l’infini, fidèle sans condition et tellement parfait : il n’a besoin ni de chaussures, ni d’équipement en hiver comme en été, ni de futilité. Il m’accueille chaque jour comme je suis, sans fard, sans détour, uniquement en amour et en sourires…
A toi Geekie, mon compagnon de vie à quatre pattes si pur et parfait, je te dis MERCI. J’espère que malgré ta santé qui se fragilise avec ton âge avancé, tu embelliras encore de nombreuses heures de ma vie et que vous partagerons, de l’aube au coucher, pléthore d’instants d’essentiel : s’émerveiller devant l’envol d’un cygne, humer l’odeur d’un croissant frais, partager une verrée ou une planchette de fromages après une longue balade dans les alpages, rouler en musique vers notre Bourgogne aimée, déguster chez notre amie Danielle et sa chienne Tara un petit pâté en croûte « spécial poutous », nous rouler dans un linge chaud après une pause pipi sous la pluie, réveiller papoune pour aller acheter le journal ou dîner chez Anne, etc…
Mille pensées emplies d’amour pour toi, petit bonheur ! »

Puis, j’ai atterri dans un petit paradis, au cœur de la Suisse. Dans le canton canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures et le Canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures.

En deux mots, si vous suffoquez avec le port du masque ou si vous êtes claustrophobe comme moi, venez prendre l’air à Appenzell ! Ici, on vit encore au rythme de la courtoisie et du bon sens, de la liberté, de la confiance, des remèdes naturels et dans l’écoute de la nature. J’ai adoré ce magasin qui propose à l’entrée le gel désinfectant à côté d’une bouteille d’Appenzeller, vous savez cet alcool aux herbes qui, dit-on, soigne et désinfecte tout !

Il y a encore de nombreux appenzellois qui se promènent pieds-nus, même pour aller à la messe. Et je crois bien que c’est pour cela que ces Appenzellois ont une santé de fer, c’est parce qu’ils sont tous les jours en contact direct avec notre Terre nourricière. Les Appenzellois ont compris que notre planète portait en elle la meilleure médecine du monde. Et elle est gratuite!

J’ai rencontré Emil, une sorte de druide appenzellois qui marche pieds-nus et libère les étables, les fermes et les maisons des mauvaises énergies. Il m’a emmenée dans la forêt pour me faire découvrir des haut- lieux d’énergie pour se faire du bien à soi, comme aux autres. Et sa manière d’aider le monde aujourd’hui, c’est en faisant « descendre des énergies positives et de la lumière sur la Terre ».  Emil m’a expliqué qu’avec la crise du Covid, nous traversons une nécessité providentielle de passer par de grandes épreuves, par des souffrances et des incompréhensions, voire de la confusion, afin que l’humanité puisse toucher le fond et rebondir dans une direction purifiée et purgée de ses vieilles mémoires de souffrances, et selon des valeurs plus humanistes, spirituelles et fraternelles.

Il dit que nous arrivons à la fin d’un cycle et que cela se traduit par l’épuisement de nos possibilités inférieures et le matérialisme sans foi ni loi. Il dit que nous sommes des exilés de notre nature primordiale. Que nous sommes à la périphérie de nous-mêmes, à force d’être réduits à nos simples appétits matériels ! Bref, il ne se laisse pas attrister ni mettre en colère par ce qu’il considère que la gestion du Covid est  une mise en scène politique qui utilise la peur des gens pour les contrôler et enrichir toujours les mêmes milliardaires. Comme il m’a semblé très joyeux et confiant, malgré son désaccord avec la gestion de la crise, je lui ai demandé comment il arrivait à rester positif. Pour me répondre, il nous a emmenées dans la forêt, Renate et moi, pour que je puisse voir ce qu’il accomplit concrètement.

Et ce que j’ai vu, à mes yeux, est très touchant : d’abord, il repère des niches d’énergie pure et vivifiante. Ensuite, il y dépose des fioles d’eau pour la dynamiser. Il tend sa main droite vers le ciel pour capter l’énergie qui vient d’en haut, et dans sa main gauche, il a un pendule pour capter les énergies de la terre. Avec des petits accessoires, comme des stylos en bronze, il fait converger plusieurs énergies, celle des arbres, des sources d’eau, des plantes, etc… vers ces fioles d’eau. Après un certain temps, il rentre chez lui et dépose ces flacons sur une carte de la Suisse, sur celle de l’Europe ou du monde. Il fait cela pour amener de la lumière et de l’énergie d’amour sur les humains, pris en otage dans une contagion de la peur, bien plus grave que celle du virus.

Purificateur de maisons
Il accomplit aussi d’autres soins étonnants : par exemple, depuis qu’un panneau solaire a été posé sur le toit d’une étable, les vaches ne voulaient plus rentrer à l’écurie. Avec des spirales et des flacons d’eau et quelques formules magiques, il a rétabli l’équilibre et tout est rentré dans l’ordre.

Renate m’a aussi raconté qu’il y a plusieurs années, leurs génisses n’étaient plus gestantes et qu’elle s’en préoccupait. Elle a fait venir Emil qui a posé ses fioles magiques aux  quatre coins de la maison et la semaine d’après, plusieurs vêlages/grossesse étaient en route !

Emil m’a aussi dit qu’il était très souvent sollicité pour neutraliser les nuisances dues aux ondes électromagnétiques, et la 5G notamment. Il dit que c’est là une pollution beaucoup plus grave qu’on ne le pense et qu’il observe quotidiennement une recrudescence des personnes électrosensibles. Il est évidemment un fervent opposant aux antennes 5G, vous pouvez vous en douter. Il se soigne avec des remèdes de la nature, ne va jamais chez le médecin et porte sur lui des petites spirales qui, dit-il, nous aide à nous relier à la conscience cosmique et à l’amour universel. Je suis repartie avec deux fioles de lumière dans mon sac, à consommer ou à offrir en cas d’urgence !

Mes yeux ne se lassent pas de balayer le paysage dans tous les sens. Partout, les maisons et les fermes sont en tavillons, avec des petites fenêtres à carreaux. Elles sont extrêmement soignées. Les forêts sont encore entretenues laissant les arbres respirer et de déployer à leur aise. Les pâturages sont soignés et fauchés au ciseau à ongles ! J’ai aussi découvert que les vaches appenzelloises sont naturellement dotées d’une grande et large ceinture blanche. Et si on veut être berger en Appenzell, mieux vaut ne pas avoir le vertige car les moutons et les vaches broutent paisiblement sur des petits bouts de terre au-dessus de falaises vertigineuses.

Autre particularité, tout le monde est très courtois ici et on se dit bonjour en voiture, même à des gens qu’on ne connait pas ! J’ai demandé à certains comment ils gardaient le sourire. Ils m’ont répondu qu’ils ne regardent plus la télévision ni n’écoutent les infos ! Voilà un bon remède à la morosité ambiante, cher Lucas!

J’ai encore visité la célèbre place de la Landsgemeinde. C’est ici que depuis des siècles, les Appenzellois votent une fois par an, par un lever de main, sur les grandes questions de politique cantonale, élisent les membres de leur gouvernement et leurs juges. C’est une institution de démocratie directe unique au monde et qu’on ne trouve plus que dans deux cantons suisses. Appenzell Rhodes-Intérieures et Glaris. Pourtant, elle avait été introduite pour la première fois dans le canton d’Uri en 1231. D’abord parce que depuis que les femmes votent, il n’y a plus de place sur les places de village et puis dans d’autres régions, il y trop de tensions régionales ou partisanes.

Je me suis rendue au restaurant le plus célèbre du monde, une construction incroyable à flanc de rocher, avec tout autour un paysage de carte postale sur les montagnes appenzelloises : La cabane Aescher sur l’Ebenalp. C’est le moment d’aller la visiter, car il n’y a plus que des touristes suisses, merci, Covid ! Parce que jusqu’au confinement, c’était un peu comme l’Everest et sa longue file d’attente avec des alpinistes à moitié gelés qui attendent leur tour pour la photo de leur vie ! A l’auberge Aescher, avant, il fallait faire une heure de queue pour un chocolat chaud ! Le National Geographic, le magazine aux 2,5 millions d’exemplaires distribués dans 50 pays, fait de notre helvétique curiosité sa couverture en incitant ses lecteurs à ne pas mourir avant de l’avoir vu un jour.

Puis je suis sortie, comme toujours, des sentiers battus et j’ai atterri sur une colline, devant une ferme où j’ai recu l’autorisation de passer la nuit, à Schwellbrunn. Le plus bel endroit que j’ai vu de ma vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

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