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Voilà une bien jolie anecdote qui va vous expliquer précisément comment je fais mes rencontres ou plutôt, comme je les « laisse se faire »…

J’étais à Séville aujourd’hui. En déambulant dans une rue, j’aperçois un homme qui discute avec les clients d’un restaurant. Si je le repère, c’est parce qu’il porte une écharpe arc-en-ciel qui tranche avec son manteau et son chapeau noir. De loin, je l’observe intriguée puis je prends discrètement une photo au vol… Mais vous savez, même de loin, lorsque l’on fixe longuement quelqu’un, il se retourne. C’est étrange mais cela marche à tous les coups! Alors ce « Chaplin arc-en-ciel » me voit et m’ouvre les bras! J’éclate de rire et je pars à sa rencontre. Il salue courtoisement les clients et m’invite à boire un café. Sans hésiter, je dis « oui ». Il y a des rencontres tombées du ciel qui ne se refusent pas. Je lui dis que j’adore son écharpe. Il veut me l’offrir sur le champ mais je refuse. C’est un trop beau cadeau pour quelqu’un qu’il ne connaît que depuis 1 minutes. Je lui propose au moins de la lui acheter, ce qu’il refuse catégoriquement! Je lui demande s’il existe une adresse où je peux trouver le même modèle. « Non, elle est unique », me répond-il dans un large sourire.

Il me dit qu’il s’appelle Roberto, qu’il fait de la photo et de la peinture mais ne travaille pas. Il m’explique qu’il touche une rente pour « invalidité mentale ». Comme c’est étrange. Souvent, quand je croise des êtres qui s’habillent avec beaucoup d’originalité, qui portent des couleurs ou se teignent les cheveux en bleu, ils me disent qu’ils sont sous anti-dépresseurs ou font des séjours en hôpital psychiatrique. C’est étonnant de voir combien la société a peur de la différence au point de tenir ces gens à l’écart dans des asiles, ou de les assommer avec des médicaments. J’ai bien vu avec Roberto. Tout le monde le regardait bizarrement. Avec un peu de méfiance… Pourtant, personnellement, je l’ai perçu d’une grande bonté, plein de sagesse, d’intelligence, perspicace et plus cohérent que bien des gens dit « normaux ». Parfois, j’ai l’impression qu’on se trompe de « fous ».

Il me montre ses toiles sur son téléphone portable, des tableaux de toutes les couleurs, comme son écharpe! De l’art brute pur! Un vrai feu d’artifices! Je lui demande d’où vient son goût pour les couleurs. Il me répond: « Cela vient de Dieu ». « Dieu est merveilleux. C’est lui qui donne de la couleurs à mon existence. Comme aujourd’hui… Je suis chanceux, je suis heureux car Il m’a permis de vous rencontrer. Vous savez, au fond, je suis un grand dépressif alors je porte de la couleur pour m’aider à vivre… ».

Quelques instants avant de nous séparer, il me dit: « Attendez, j’ai une idée! ». Il entre dans une boutique et saisit une écharpe « rouge pétant » avec des fleurs brodées. « Vous allez me l’acheter et moi, je vous offre la mienne! Comme cela, tout le monde est content! » J’étais tellement touchée!

En sortant, je l’ai pris dans mes bras et je l’ai remercié. Lui aussi, il m’a remercié en pointant le ciel du doigt… Roberto est reparti joyeusement avec son écharpe à fleurs pour offrir à d’autres que moi le bouquet de son âme.

J’aperçois Roberto en marchant dans la rue… Tout de suite, je repère son écharpe! Je me dis: « Tiens, voilà un joyeux! »

A force de le regarder, il se tourne vers moi! Je suis repérée!

Roberto me montre les tableaux qu’il réalise. Aussi colorés que son écharpe!

Il s’est choisie une nouvelle écharpe pour m’offrir la sienne! Toute en couleurs aussi!

Nous posons, heureux, avec ce qui enchante notre quotidien, lui et moi: la couleur!

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