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Ce sont deux « petites légendes » que j’ai souhaiter honorer ici, à Porto Rafael. Et c’est tout à fait par hasard que le premier est le père de l’autre. Leurs histoires respectives est poignante. Lisez plutôt.

Je ne m’attendais pas à offrir de nouvelles lampes solaires avant mon départ pour la Corse. Mais c’était sans compter sur le grand mystère du hasard des rencontres. Et la magie de Joy for the Planet. Une amie m’avait parlé d’un « homme exceptionnellement bon », fondateur et responsable du petit Yacht Club de Porto Rafael en Sardaigne, un certain Ottavio Pincioni . J’ai pris contact avec lui et il m’a cordialement réservé une place pour Begoodee sur le port avec de l’électricité, pour me chauffer un peu, charger mes appareils et refroidir mon frigidaire. Hier soir, il m’invite à dîner en présence de sa fille Vanessa, une jeune femme de 33 ans. Je lis de la tristesse dans son regard mais je porte d’abord mon attention et mon écoute sur ce petit homme bedonnant et à la poignée de main franche que tout le monde semble aimer. Il me raconte son histoire.

Ottavio, une « success story » à la sarde

Petit garçon déjà, Ottavio se fait remarquer pour sa détermination à « s’en sortir ». « J’avais faim. J’avais 10 ans. Il fallait trouver de quoi manger. Alors pendant plusieurs années, je marchais 10 km par jour, entre Olbia et Porto Rafaele pour distribuer le journal, rendre service et faire des petits boulots en chemin. Tout le monde l’admire et parle de lui. C’est « le petit gars qui se bat pour faire vivre sa famille ». Jusqu’au jour où il rencontre un riche baron italien, au cours d’un repas qu’il cuisine lui-même pour une famille d’aristocrates.  Il n’a que 11 ans. Pris de compassion pour ce jeune homme si débrouillard, il l’engage pour exécuter de petites tâches et cuisiner pour une buvette de plage dont il vient d’acheter le terrain. Cette rencontre changera le cours de sa destinée.

Pendant 5 ans, il court partout sur le port pour rendre service ici et là et honorer la confiance du patron qui le traitera comme un fils. A l’âge de 16 ans, Ottavio apprend la mort de son mentor. C’est un choc. Mais ce qui le stupéfie encore plus, c’est que celui-ci lui a légué l’ensemble du domaine et la modeste buvette. 50 ans plus tard, Ottavio en a fait un petit paradis, un Yacht Club d’une grande simplicité, contrastant avec le luxe et l’esprit plutôt élitiste avoisinant. Ici, la générosité, la simplicité et l’humanité ont gagné sur l’orgueil et le luxe qui prévalent ailleurs sur le littoral. « Je ne compte plus les fois où des promoteurs ont voulu acheter mon terrain  pour des millions, et par tous les moyens. Mais j’ai résisté. Je ne vendrai jamais mon âme ni mon rêve, et cela jusqu’à ma mort. », confie cet homme de 67 ans. Ottavio accueille les chiens errants, dit à tout le monde qu’il les aime, fait personnellement à manger aux visiteurs les plus chanceux (comme moi) et pense que le plus beau cadeau est celui de vivre. Vivre ses rêves et se savoir exister. Découvrez son témoignage dans la vidéo qui suivra prochainement.

Quand j’ai écouté son histoire, j’en ai été émue. Je me suis absentée une minute et j’ai été pioché une lampe dans ma réserve de bord. Elle a été fabriquée par une petite Suissesse du nom d’Elise, à Etoy. Je lui ai expliqué mon projet et remis ce précieux trophée.  Il l’a regardée en me disant avec émotion: « Je vous remercie pour ce moment précieux dans ma vie et je ne l’oublierai jamais ».

Vanessa, une lampe pour devenir papillon

Pendant ce temps, Vanessa nous écoutait en silence, toujours traversée par une douce tristesse qu’elle avait du mal à cacher. Elle me dit: « La joie est un état bien loin de moi en ce moment… »
Voilà des années que je passe ma vie dans les hôpitaux. D’abord, j’ai subi une opération du coeur. Ensuite, on m’a enlevé un sein. Cancer. Mais je suis actuellement un traitement pendant 5 ans qui me permet d’éviter la chimiothérapie.  Je suis en rémission. J’ai encore du mal à retrouver ma joie. Mais quelque chose est en train de renaître en moi. J’ai toujours été belle pour les autres mais je ne me suis jamais vue ni sentie belle. Et pourtant, je vois cette maladie comme une alliée qui apprend à m’aimer autrement que par les canons physiques de la beauté. J’ai surmonté tant d’épreuves depuis des années avec mes problèmes de santé que je découvre en moi des ressources et une force que je ne soupçonnais pas. Cela me touche. Je prends conscience que je ne suis peut-être « quelque chose de plus » que ce corps physique.

Je dois renaître à moi-même

Je me sens perdue en ce moment car tous mes repères implosent. C’est douloureux de renaître à soi-même. De nombreux amis m’ont tourné le dos. Ma maladie leur a fait peur. Les gens ne sont pas prêts à assumer le risque possible de perdre ceux qu’ils aiment. Mais combien d’autres nouveaux amis ai-je découvert grâce à mon cancer? Il ne faut pas se battre contre la maladie mais apprendre à vivre pour la vie, sans artifices ni masque. Lui dire « oui » et l’accueillir comme une amie. Elle est là pour me dire quelque chose. Par elle, j’aimerais découvrir qui je suis véritablement. Un jour, je m’aimerai vraiment. »

Quelle force, quelle lumière émane de cette jeune fille qui a sublimé avec panache tous ses « monstres » qui ont fragilisé sa santé pendant tant d’années. Je sens que Vanessa est prête pour devenir papillon et se libérer de son paquet de fils des croyances obsolètes. La chenille peut se défaire des liens tissés par ses peurs et ses doutes. Je me dis qu’une petite lampe construite avec amour, lui offrira cette dernière impulsion pour déployer ses jeunes ailes encore maladroites et froissées. Une lampe pour lui montrer le chemin de soi(e)…

Une lumière devant la porte

Le lendemain matin, j’ai déposé devant sa porte une lampe solaire réalisée par Alessandro, l’un des participants à l’atelier de Cagliari. Touchée par ce geste, Vanessa a accepté d’être prise en photo, malgré son mal-être actuel. Pour remercier Alessandro et offrir son témoignage à Joy for the Planet.

Souvenez-vous: nos lampes récompensent des actions exemplaires ou apportent une douce lumière à ceux qui pourraient en avoir besoin.  Ceux qui dépassent avec courage, leurs épreuves ou les revers de l’existence, comme Vanessa.

La joie n’est pas forcément une exultation ou un emmêlement de sourires forcés. Chez Vanessa, elle se laisse encore juste entrevoir, fragile et discrète. Mais combien je la perçois puissante et contagieuse! Ma rencontre avec Vanessa m’a fait le don d’une joie tendre et profonde. Par la beauté sublimée au-delà des formes, des silhouettes parfaites, des standards de beauté sur papier glacé et des tubes à rouge à lèvres.

Juste la beauté du feu intérieur et le désir de vivre vraiment. Tout simplement.

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