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Avez-vous remarqué combien, en ces temps de crise, la polarité personnelle et collective s’étire comme un gigantesque élastique, nous écartelant vers nos extrêmes? C’est ce que m’enseigne le message de Pâques: crucifier toutes mes fabrications mentales pour renaître à ma véritable nature, la Joie. Le philosophe Baruch Spinoza a écrit: « La joie est le passage d’une moindre perfection à une perfection plus grande. »

De toute mon existence, même lorsque j’ai travaillé dans des pays en guerre, je n’ai jamais vu l’ombre et la lumière se côtoyer de si près, voire s’entrelacer. Lorsque l’on chante aux balcons pour applaudir les soignants, l’on reçoit les honneurs et les applaudissements ou bien des injures, plaintes et même une décharge de chevrotine, comme c’est arrivé en France  (sans faire de victime heureusement)!

Certaines des personnes âgées se font dénoncer quand elles commettent le « crime » de s’échapper sur la pointe des pieds pour acheter un petit berlingot de crème, parce qu’elles deviennent « barjo » à la maison ou parce qu’elles veulent éviter de « se foutre en bas », comme un voisin retraité me l’a avoué cette semaine, en proie au désespoir profond de la solitude. En même temps que les uns ont, par leur rigueur, la conviction de sauver des vies, les autres voient dans cette rigidité extrême la mise en danger de la vie d’autrui. Jamais le doute et la certitude n’ont été aussi intriqués.  Qui a tort? Qui a raison? Personne et en même temps tout le monde! Car toute le monde pense bien faire!

Je suis témoin quotidiennement de la plus grande des bontés comme de la plus étonnante malveillance. Le confinement, avec le Covid-19, amplifie la trame sous-jacente de notre personnalité, qu’elle soit positive ou négative, construite sur le socle de la confiance ou de la peur. Les grandes crises de l’Histoire font de nous des anges ou des démons, des résistants ou des nazis, des protecteurs ou des délateurs. Mais peu d’entre nous se posent la grande question: QUI siège derrière tous ces masques? QUI? QUOI? POURQUOI?

QUI derrière l’agressivité, les jugements, les partis pris, le pour ou le contre du masque de protection, le pour ou le contre de tel ou tel traitement, les accusations, les menaces, les peurs et le déchaînement d’informations anxiogènes ou de fake news qui se déchargent sur nos vie comme des camion-poubelle? QUI poussent les nuages de nos consciences et de nos actions individuelles et collectives? Sans se poser cette question fondamentale, chacun est tenté de revendiquer SA vérité et SA lecture objective des événements et des comportements, en excluant toute autre vision. Et c’est ainsi que les guerres couvent, éclatent, s’estompent puis recommencent depuis la nuit des temps.

Changement de pointage
Et si pour une fois, nous arrêtions de pointer notre doigt sur un coupable ou sur un virus? Et si nous étions une seule et même expérience qui se manifestait à travers 8 millards d’humains? Et si nous arrêtions de nous croire séparés? Et si nous arrêtions de vouloir riveter la vie et celle des autres à nos perceptions et notre histoire personnelle? Et si, pour une fois, nous nous foutions la paix en renonçant à nous crucifier les uns les autres? Et si, au lieu de résister à cette nouvelle maladie, nous apprenions à glisser sur cette vague inattendue comme le plus agile des surfeurs ?

La fête de Pâques me rappelle, plus que jamais, combien je suis un éclat du même miroir réfléchissant toutes nos créations. Elle m’invite à ouvrir en moi un passage pour le grand Amour, comme l’alpiniste ouvre avec exaltation une voie en haute-montagnes. En ces temps de profonds bouleversements, pourquoi ne pas tenter de nourrir en soi la neutralité (je ne parle pas d’indifférence) et la tranquillité des grands lacs canadiens, le silence intersidéral pour laisser, dans l’interruption de nos bavardages, notre nature originelle reprendre ses droits?

Comme je l’ai écrit dans mon livre « La route de la Joie », « rien n’est plus important pour moi que de saupoudrer de l’amour où je peux. Non pas pour être quelqu’un de bien. Simplement parce qu’il ne peut en être autrement. Je pense que nous ne sommes que les calices d’une intelligence supérieure, peu importe le résultat de nos actions. Elle seule connaît le chemin par où passer pour se rencontrer et se déployer à l’infini. »

Pourquoi ne pas tenter de faire le vide en nous-mêmes et profiter de ce temps de confinement pour amorcer un retournement de la conscience? Afin de passer de l’énergie centrifuge qui nous disperse à l’énergie centripète qui nous relie les uns aux autres en nous ramenant à notre coeur, au silence de l’esprit et à l’Unité?

Personnellement, grâce au Covid-19, je lâche peu à peu les questions, les réponses, les jugements et  les attachements à un scénario plutôt qu’à un autre. Tout est vrai et tout est faux. Un jour, j’adhère à la troublante théorie du complot qui a le mérite de nous présenter l’actualité sous un nouvel angle. Je lâche. Un autre jour, je souhaite ardemment la visite des extra-terrestres et je scrute le ciel comme une gamine! Je lâche. Et puis le lendemain, je crois à un Paradis sur Terre et au réveil instantané de l’Humanité. Je lâche. Une autre fois, je me projette dans un possible chaos à la « Mad Max ». Je lâche. Je m’informe des événements avec la vigilance du trappeur qui veille à ne pas être pris à ses propres pièges. Je joue avec toutes les probabilités qui défilent sous mes yeux comme elles se jouent de moi. Je fais quotidiennement du rodéo avec mon esprit et pas une seule pensée ne résiste aux ruades de la Vie qui me secoue sans complaisance, toujours avec bienveillance. Mon mental se fait systématiquement désarçonner pour finir par mordre la poussière! Et j’apprends peu à peu à ne plus rien saisir, ni à fixer. J’accueille mes émotions, mes espoirs et mes jugements comme des visiteurs de passage. Une fois qu’ils sont repartis, je reste avec ce qui est et je danse toute seule. Rien de tout cela n’est vrai, sinon le filet de Joie qui se faufile en moi, indépendamment des réalités extérieures.

Toutes les souffrances du monde naissent de nos interprétations de la réalité en oubliant qu’il y a autant de réalités qu’il y a d’êtres humains sur Terre. Le philosophe zazen Alan Watts disait:  « Plus une chose a tendance à être permanente, plus elle est sans vie. » Plus on veut revendiquer une idée, une croyance ou un concept, plus on tue la vie en soi. Lorsque nous aurons cessé de vouloir nous emparer de nos vérités pour les imposer aux autres, alors deviendrons-nous peut-être des êtres libres et joyeux vivant sur une planète harmonieuse.

En cette célébration pascale, contrairement à cette caricature humoristique, je fais le choix d’abandonner tous les écrans, écrans de télévision, écrans de fumée,  écrans tactiles, écrans de mes conditionnements et de mes croyances bienpensantes pour avoir le CRAN de m’ouvrir au renouvellement infini de la Vie qui circule à travers nous. Au-delà de l’écran et du projecteur en moi, je suis en quête de l’indicible Amour que je vous souhaite de tout mon coeur. Et maintenant, power « Off »!

Je vous souhaite de joyeuses Fêtes de Pâques!

Isabelle Alexandrine Bourgeois
Votre joie est ma destination

www.joyfortheplanet.org

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