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Voici l’extrait de mon intervention  lors du lancement officiel de la seconde Marche Mondiale pour la Paix et la Non-Violence à Madrid à l’occasion d’un colloque international sur la non-violence dans les villes. Je m’y suis arrêtée quelques jours dans le cadre de Joy for the Planet. J’ai été invitée par le fondateur de la Marche Mondiale, Rafael de la Rubia, à partager mon témoignage. J’ai partagé avec le public ma rencontre tout à fait inattendue avec l’ancien preneur d’otage de mon père, en Colombie en 1980. C’était le 17 décembre 2009, à la frontière entre le Colombie et l’Equateur. Je participais alors à la Première Marche mondiale pour la Paix et la non-violence en qualité de porte-parole auprès des médias. J’ai également tenu un blog.

Témoignage pendant le Congrès sur la Paix

Le récit

17 décembre 2009. Tandis que je faisais la queue au bureau de contrôle des passeports, Rafael de la Rubia, l’organisateur de la marche, me prend à part et me dit doucement: « nous souhaitons te présenter quelqu’un: il s’agit du gouverneur de ce département, Antonio Navarro, ancien leader du groupe M-19 qui a été le cerveau de la prise d’otage de ton père.»
J’en ai eu le souffle coupé et je me suis sentie instantanément envahie par une émotion très forte. Je me suis approchée de cet homme presque aussi distingué que l’était mon père, dans le style aristocratique comme lui. Rafa me présente à lui. Dans un premier temps, il ne semble pas tout à fait réaliser qui je suis et il me lance machinalement un « nice to meet you! ». Mais quand il voit les larmes poindre dans mes yeux, il devient troublé et Rafa lui explique que je suis la fille d’un ancien ambassadeur suisse pris en otage par ses anciens camarades de lutte, à l’ambassade de République dominicaine à Bogota en 1980. Antonio Navarro n’a pas participé directement à l’assaut de l’ambassade mais en avait été l’un des « cerveaux » et suivait les opérations minute après minute depuis la jungle où il s’était caché.

Il fallait bien incarner mes pas non? Dans un premier temps, Antonio Navarro est tendu et légèrement sur sa défensive. Puis, devant ma sincérité et mon désir profond de transformer les souffrances du passé en une énergie positive, cet ancien guérillero capitule. Il me présente ses excuses et à ma famille. Il semble à son tour assez ému. Après de nombreuses tragédies dont la prise de plus de 300 personnes en otage sur le lieu de la Cour Suprême colombienne se soldant par une centaine de morts en 1985, le mouvement M-19 finira par déposer les armes et à renoncer à la violence pour se reconvertir en parti politique. « Nous avions pris conscience que la violence ne conduit nulle part » a-t-il expliqué pendant notre échange.

Nous nous sommes pris dans les bras. Le temps a suspendu son vol. A cet instant, il n’y avait plus ni victime ni bourreau, ni bon ni méchant. Il n’y avait qu’une énergie d’amour qui répare tout. Dans cette étreinte silencieuse, nous ne faisions plus qu’un. Les masques étaient tombés, les rôles s’étaient dissout dans l’énergie du pardon.

Et si c’était, entre autre, grâce à ce drame que j’ai marché pour la paix et que je dédie toute ma vie à la promotion du meilleur de l’homme?  Et si c’était grâce à cet épisode que j’avais trouvé du sens à ma vie?

J’avais 14 ans au moment des faits et tous les jours, nous craignions pour la vie de notre père qui avait été séparé des autres otages pour être exécuté en premier au cas où les autorités colombiennes ne répondaient pas aux revendications du commando. Finalement, la prise d’otage s’est achevée avec la libération des otages à Cuba le jour de mon anniversaire, le 28 avril 1980.

Selon David Nassar, coordinateur pour la Marche Mondiale en Colombie, de mémoire d’hommes, jamais une rencontre « spontanée » entre un membre de la famille d’un otage et un ancien preneur d’otage n’avait été possible. « Votre réconciliation représente un espoir immense pour tous » m’avait confié Tomy Hirsch, porte-parole de la Marche en Amérique Latine, encore stupéfait par ce dont il venait d’être témoin.

 Antonio Navarro a achevé notre rencontre pas ces mots: « il n’y a pas un jour où nous ne parlons pas des derniers actes de violence dans notre pays. Il n’y a pas un jour où la violence ne vient pas frapper à ma porte. Cependant, aujourd’hui est un grand jour pour moi car, pour la première fois, c’est la paix qui est venue me rendre visite. »

Et voici la vidéo de cette rencontre à la fois réparatrice et tellement improbable… C’était il y a 8 ans déjà….

L’annonce du lancement de la seconde Marche peut être consulté ici en anglais

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